Dr Philippe Roch

Expertise

 

 

 

 

 

 

 

Commune de L'Isle

Captage des Barbilles

 

 

 

 

 

Rapport de synthèse

20 juillet 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mandat

 

La Municipalité de la Commune de L'Isle m'a demandé de lui donner un avis de synthèse sur le projet de captage des Barbilles. Je fonde mon avis sur l'examen des documents qui m'ont été fournis, une visite des lieux, une rencontre au château de L'Isle avec les Municipaux Mme Michèle Arber et M. Guy Bise ainsi qu'une rencontre à Berne avec M. Willy Geiger, sous-directeur de l'Office fédéral de l'environnement.

 

Les documents qui m'ont été fournis sont les suivants :

•  Dossier d'enquête préparé par Impact-concept SA et Hydro-concerpt SARL, rapport n° 369-ra-03 du 9 août 2005

•  Opposition de la Fondation suisse pour la protection du paysage du 14 septembre 2005

•  Opposition de l'Association pour la sauvegarde du pied du Jura, du 16 septembre 2005

•  Opposition du WWF Vaud, du 16 septembre 2005, et retrait de l'opposition du 3 juin 2006.

•  Procès-verbal de la séance du 8 novembre 2005 au château de L'Isle

•  Préavis des services de l'Etat du 16 novembre 2005

•  Procès-verbal de la visite locale du 26 avril 2006 et ses annexes

•  Compensation qualitative complémentaire au défrichement du 9 juin 2006

•  Etude d'une variante d'alimentation en eau potable (barrage souterrain) du 9 juin 2006

•  Evolution de la piézométrie aux forages F1, F2 et F5 à F9.

•  Commentaires et explications complémentaires de la division Eaux souterraines du SESA, du 11 juillet 2006

•  Profil hydrogéologique 1 :1000 du 15 juin 2006

•  Plan de situation 1 :2000 du 15 juin 2006

•  Informations hydrogéologiques complémentaires du 22 juin 2006, de Impact-concept SA.

 

Justification du projet

 

La Commune de L'Isle capte son eau sur le site des Barbilles, à la source des Belles Fontaines et par un réseau de captages superficiels sur la Côte du Jura. Les captages des Barbilles sont détériorés et en grande partie abandonnés, parce que l'approvisionnement en eau est devenu irrégulier et que l'eau est parfois polluée à cause de résurgences en surface. Une restauration du système de captage est indispensable.

 

L'eau des Barbilles provient d'un vaste ensemble de pâturages et de forêts du Jura vaudois, gérés de manière écologique, et représente à ce titre un système écologique exemplaire, modèle de gestion intégrée des eaux telle qu'elle a été souhaitée lors des conférences du Forum mondial de l'eau à La Haye en 2000, à Kyoto en 2003 et à Mexico en 2006, ainsi qu'au Sommet mondial de Johannesburg en 2002.

 

Le captage des eaux des Barbilles donne une garantie de la poursuite de la gestion écologique de son bassin versant. Une erreur de gestion serait immédiatement sanctionnée par une diminution de la qualité de l'eau.

 

Sur le plan de la technique de captage, la construction d'un barrage souterrain, en matériaux naturels, qui permet de stocker l'eau nécessaire dans le lit de gravier naturel est une méthode à encourager car elle permet de conserver une haute qualité de l'eau sans aucun traitement, et en l'occurrence une distribution par gravité sans nécessité de pompage.

 

Problèmes potentiels

 

Sur le plan de l'environnement, le projet de captage des Barbilles peut poser des problèmes dans les secteurs suivants :

•  Défrichement

•  Impact du chantier

•  Impact sur le paysage

•  Atteinte à la nappe d'eau souterraine

•  Avenir du marais forestier

•  Interférence avec le débit des cours d'eau situés en aval

 

Je reprends ci-dessous de manière succincte chacun de ces problèmes potentiels. Les évaluations techniques ont été publiées dans les documents consultés. Il ne s'agit pas ici de les répéter, mais de tenter une synthèse de ces évaluations.

 

Défrichement

 

L'emplacement du captage des Barbilles est imposé par sa destination. Il est impossible de réaliser cet ouvrage d'intérêt public en dehors de la forêt. L 'article 5 al.2 de la loi fédérale sur les forêts prévoit la possibilité d'un défrichement pour un tel ouvrage. Les précautions prises pour la remise en état des lieux, et les compensations qualitatives proposées permettent un bilan positif pour la forêt :

•  L'aire forestière n'est pas diminuée

•  La replantation proposée ne sera pas d'une qualité identique, mais constituera une surface forestière conforme à la station.

•  Les deux compensations proposées permettent une amélioration sensible de la qualité de la forêt dans le même massif forestier.

 

Je propose en addition aux compensations prévues une remise en état du marais forestier alimenté par le ruisseau Fleur d'Epine. Il en résultera une forte amélioration écologique du site, et peut-être un approvisionnement amélioré de la nappe captée.

 

Dans ces conditions, il ne devrait pas y avoir d'objection à ce défrichement temporaire.

 

Impact du chantier

 

Le chantier constituera une gêne localisée et momentanée. Les mesures proposées par le rapport d'impact me semblent suffisantes. Le statut du chemin d'accès devra être réglé conformément à la loi. Si il est nécessaire de conserver ce chemin, il faudra le réduire au minimum et le barrer pour empêcher toute utilisation motorisée non liée au service des installations.

 

Impact sur le paysage

 

L'impact du captage des Barbilles sur le paysage ne sera que momentané. Il n'y a aucune conséquence durable sur le paysage.

 

Atteinte à la nappe d'eau souterraine

 

En amont du barrage souterrain, il n'y aura aucune atteinte à la nappe d'eau. Le barrage permettra une augmentation du volume d'eau dans le lit de gravier, bien protégé par les couches supérieures du sol.

 

En aval du barrage, la nappe est simplement supprimée sur une longueur de quelques dizaines de mètres. Cette situation nouvelle ne représente aucun inconvénient pour les eaux souterraines. Au contraire, la suppression de la nappe dans la zone de glissement supprimera les résurgences qui s'infiltrent à nouveau dans la nappe et la polluent. Maintenir une couche de gravier au-dessus d'une nappe d'eau qui n'existera plus ne fait aucun sens.

 

Il faudra redéfinir les zones de protection des eaux en fonction de la situation nouvelle, et lier l'autorisation de construire à ce nouveau plan des zones de protection des eaux.

 

Je propose en outre que l'on renforce la protection du bassin versant par les quatre mesures suivantes :

•  Un règlement d'utilisation des pâturages qui évite toute pollution (interdiction de labours, épandage contrôlé de lisier et de fumier, interdiction de pesticides).

•  Le raccordement de tous les égouts des bâtiments situés en amont à une station d'épuration en aval du captage.

•  Une application stricte de l'interdiction de circuler en forêt.

•  Des mesures de protection et de surveillance du ruisseau Fleur d'Epine.

 

Avenir du marais forestier

 

Le marais forestier en amont du barrage, alimenté par le ruisseau Fleur d'Epine devrait être restauré afin de lui redonner toute sa valeur écologique.

 

Interférence avec le débit des cours d'eau situés en aval

 

Les écoulements en aval de la nappe souterraine sont mal connus. Où va l'eau actuellement non captée ? Il semble qu'aucun cours d'eau permanent ne soit directement alimenté par cette nappe. Il n'est pas exclu que la Venoge profite d'écoulements souterrains, mais il est peu vraisemblable que ces eaux souterraines résiduelles jouent un rôle capital dans un système hydrographique en aval.

 

A titre de compensation pour les éventuelles modifications causées par le nouveau captage des Barbilles, je propose que l'on rende à la Venoge l'eau des Belles Fontaines et des captages répartis sur la côte (Prins Bois, Fontaine du Fayard, Côte de la Chargeaule, Pré Gibloux) , en étudiant la meilleure manière de procéder à cette restitution. Ces captages pourraient être conservés en attente comme solution de secours.

 

Synthèse et recommandations

 

L'étude des documents fournis, les discussions menées, la visite de terrain et les réflexions ci-dessus me conduisent aux recommandations suivantes :

 

Je recommande vivement la réalisation des mesures de compensation proposées dans le dossier, ainsi que des mesures additionnelles suivantes :

 

•  La remise en état et l'entretien du marais forestier alimenté par le ruisseau Fleur d'Epine.

•  L'application stricte de l'interdiction des véhicules à moteur en forêt et sur les chemins forestiers.

•  Un règlement d'utilisation des pâturages du bassin versant qui évite toute pollution (interdiction de labours, épandage contrôlé de lisier et de fumier, interdiction de pesticides).

•  Le raccordement de tous les égouts des bâtiments situés en amont à une station d'épuration en aval du captage.

•  Des mesures de protection et de surveillance du ruisseau Fleur d'Epine.

•  La restitution à la Venoge des eaux des captages des Belles Fontaines et du réseau de captages sur la Côte.

 

En outre je recommande à la Municipalité de L'Isle de mener une réflexion sur la consommation d'eau dans la commune. Un approvisionnement sûr en eau de haute qualité ne doit pas conduire à des gaspillages, comme par exemple l'arrosage de gazons en période de sécheresse. Le captage d'eau des toits, en particulier pour les nouvelles constructions, et une campagne de sensibilisation de la population seraient bienvenus. La jouissance d'une eau abondante et de haute qualité doit générer une attitude de respect vis-à-vis d'une ressource si précieuse dont manque cruellement plus d'un quart de la population mondiale.

 

Le projet de captage des Barbilles avec un barrage souterrain tel que prévu dans le projet présente des avantages incontestables sur le plan social (approvisionnement en eau de qualité), économique (réalisation neutre sur le plan financier, exploitation par gravitation) et écologique (eau sans traitement, pas besoin d'énergie de pompage, compensations écologiques qui dépassent largement la perte temporaire d'une surface forestière de haute qualité).

 

 

 

 

Le projet de captage des Barbilles est un projet modèle de développement durable, et sous condition de la réalisation des mesures de compensation proposées, non seulement il peut, mais il doit être réalisé.

 

 

Russin, le 20 juillet 2006

 

 

 

 

 

Dr Philippe Roch